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Une preuve de la Résurrection

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La démonstration de la réalité de la résurrection se manifeste à notre génération dans le Linceul de Turin, comme nous l’avons évoqué dans notre livre le Signe de Jonas, et expliqué en détail dans notre conférence Le Linceul vu par l’infographiste. 

Mais Jésus Christ apporte déjà une preuve de la résurrection des morts dans l’Écriture sainte, dans Luc et dans Marc, lors d’un débat avec les sadducéens. Pourtant cette preuve est rarement mise en avant. Elle est même très souvent négligée dans les sermons de nos prêtres lorsque la messe cite ces passages des Évangiles.

Pourquoi ?

Parce que, littéralement, l’argument présenté par Jésus est trop souvent incompris. Et comme il n’est pas compris par ceux qui doivent l’expliquer, il n’a aucune chance de convaincre l’auditoire !

Relisons ce passage, dans Luc puis dans Marc :

Luc 20, 27 S’approchant alors, quelques Sadducéens – ceux qui nient qu’il y ait une résurrection – l’interrogèrent

Luc 20, 37 Et que les morts ressuscitent, Moïse aussi l’a donné à entendre dans le passage du Buisson quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.

Luc 20, 38 Or il n’est pas un Dieu de morts, mais de vivants; tous en effet vivent pour lui. »

Marc 12, 26 Quant au fait que les morts ressuscitent, n’avez-vous pas lu dans le Livre de Moïse, au passage du Buisson, comment Dieu lui a dit: Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob?

Marc 12, 27 Il n’est pas un Dieu de morts, mais de vivants. Vous êtes grandement dans l’erreur! »

Effectivement, à la première lecture, on ne voit pas comment Jésus prouve qu’il y a une résurrection. L’épisode du Buisson Ardent ne présente en effet aucun rapport avec la résurrection de la chair !
De leur côté, les commentaires des pères de l’Église ne nous éclairent pas beaucoup.
Relisons par exemple ce que disent Saint Jérôme, Théophylactus, Bède et la Glose sur Marc 12,27 :

 S. Jérôme. Voilà donc l’erreur où les fait tomber leur ignorance des Écritures, car après la résurrection, les hommes seront comme les anges de Dieu, c’est-à-dire, il n’y aura plus ni mort, ni naissance, ni enfant, ni vieillard.

Théophylactus. Cette même ignorance leur fait commettre une autre erreur, car s’ils comprenaient bien les Écritures, ils y trouveraient des preuves évidentes de la résurrection des morts: «Quant à la résurrection des morts, continue Notre-Seigneur, n’avez-vous point lu dans le livre de Moïse ce que Dieu lui dit dans le buisson», etc.

S. Jérôme. Je dis «dans le buisson», emblème de ce que vous êtes, car le feu le brûlait, sans consumer ses épines, ainsi vous êtes comme entourés des flammes de ma parole, et elles ne peuvent consumer les épines qui sont le fruit de la malédiction.

Théophylactus. «Or, je vous le déclare, je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, comme s’il disait: «Je suis le Dieu de ceux qui vivent»; et il ajoute, en effet; «mais des vivants»; et remarquez qu’il ne dit pas: J’ai été, mais, «je suis» le Dieu d’hommes qui existent encore. Dira-t-on que Dieu ne parle ici que de l’âme d’Abraham et non de son corps. Je réponds que la personne d’Abraham comprend ces deux choses, le corps et l’âme; Dieu est donc aussi le Dieu du corps qui vit en Dieu, c’est-à-dire, en vertu de l’ordre établi de Dieu.

Bède. On peut dire encore que Notre-Seigneur, en prouvant que les âmes survivent à la mort du corps (car Dieu ne pourrait point être le Dieu de ceux qui n’auraient jamais existé), en vient par une liaison nécessaire à la résurrection des corps qui ont participé aux bonnes et aux mauvaises actions des âmes.

S. Jérôme. Ces paroles: «Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob», sont une déclaration de la sainte Trinité. En ajoutant: «Dieu n’est pas le Dieu des morts», Notre-Seigneur nous enseigne l’unité de la nature divine. Or, ceux-là vivent qui se sont rendus maîtres de la part qu’ils avaient choisie; et ceux-là sont morts qui ont perdu ce qui était en leur possession; vous êtes donc dans une grossière erreur.

La Glose. En effet, ils se mettaient en contradiction avec les Écritures, et soutenaient des opinions injurieuses à la puissance de Dieu.

De saintes paroles, certes, mais qui, sur le plan logique, nous laissent plutôt sur notre faim…

A la première lecture, dans Luc comme dans Marc, on se heurte en effet à un non-sens logique :
Dieu dit à Moïse qu’il est le dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Or tous les trois sont morts depuis longtemps lorsque Dieu s’adresse à Moïse depuis le buisson. Le fait que Dieu ait été le dieu de ces trois personnages ne constitue pas, en soi, une preuve de la résurrection des morts. Si le texte nous disait qu’ils apparaissaient à Moïse, soudainement ressuscités devant lui à côté du buisson, peut-être ; mais en l’occurrence ce n’est pas le cas !

Au contraire, si on se replace dans le contexte de l’époque, on trouve chez tous les peuples de l’antiquité des dieux des morts ou du royaume des morts ; Hadès, Nergal, Ereshkigal, etc… Évoquer les noms des illustres ancêtres, même s’ils ont vécu pour Dieu au cours de leur vie terrestre, ne constitue pas un argument en faveur de la résurrection. Le Dieu d’Abraham ou d’Isaac pourrait tout aussi bien être un dieu des morts autant qu’un dieu des vivants, puisqu’ils sont morts !

L’épisode de la transfiguration sur la montagne, où Jésus s’entretient avec Moïse et Élie, en présence de Pierre, Jacques et Jean, pourrait à la rigueur constituer un argument valable : si trois personnes peuvent témoigner avoir vu Jésus dialoguer avec Moïse et Elie, pourtant morts depuis des siècles, alors il y aurait une preuve. Mais Jésus avait enjoint ces trois témoins, Pierre, Jacques et Jean, de ne rien dire de ce qu’ils avaient vu ! … En plus, on peut toujours mettre en doute un témoignage puisque Thomas ne croit pas en la résurrection du Christ avant de l’avoir vu de ses yeux.

Alors, comment peut-on comprendre cette phrase ?

La clé est certainement ailleurs que dans les personnes d’Abraham, d’Isaac et de Jacob…
J’ai longtemps tourné autour de cette idée, interrogé des théologiens, des prêtres, sans succès. Je n’avais droit qu’à des réponses évasives ou non convaincantes. Mais le Ciel n’a pas voulu me laisser sur cette énigme. L’Esprit-Saint m’a répondu par la bouche d’un évêque inspiré — bénis soient nos évêques inspirés ! —, qui m’a mis sur la piste au détour d’une conversation. Aussi, je m’empresse de partager avec vous la joie de cette révélation…

 Voici donc comment nous pouvons comprendre ce passage énigmatique :

L’argumentation de Jésus devant les Sadducéens se situe en réalité sur un plan strictement logique et matérialiste. Voilà pourquoi les pères de l’Église qui s’appliquent, dans leurs commentaires, à approfondir le sens mystique des Écritures, ne nous avaient pas éclairé.
Jésus connaît bien la doctrine des Sadducéens, qui avaient une vision helléniste, matérialiste, du monde, et il va précisément s’appuyer sur un élément de leur doctrine pour leur présenter un argument imparable qui démontre la réalité de la résurrection. Nous pouvons rappeler brièvement l’une des caractéristiques de la doctrine des Sadducéens, selon ce qu’en dit saint Paul :

Actes 23, 8 Les Sadducéens disent en effet qu’il n’y a ni résurrection, ni ange, ni esprit, tandis que les Pharisiens professent l’un et l’autre.

Les Actes des apôtres nous précisent ainsi que les Sadducéens ne se contentent pas de nier la résurrection, mais aussi qu’il n’y a pas d’ange ni d’esprit. C’est une information importante pour la question qui nous intéresse, car s’il n’y a ni ange ni esprit, alors pour les Sadducéens c’est nécessairement Dieu lui-même qui EST dans le buisson en feu !

Relisons le passage du buisson ardent pour mieux en comprendre les conséquences :

Exode 3, 1 Moïse faisait paître le petit bétail de Jéthro, son beau-père, prêtre de Madiân; il l’emmena par-delà le désert et parvint à la montagne de Dieu, l’Horeb.

Exode 3, 2 L’Ange de Yahvé lui apparut, dans une flamme de feu, du milieu d’un buisson. Moïse regarda: le buisson était embrasé mais le buisson ne se consumait pas.

Exode 3, 3 Moïse dit: « Je vais faire un détour pour voir cet étrange spectacle, et pourquoi le buisson ne se consume pas. »

Le texte de l’Exode dit que c’est « l’ange » de Yahvé qui est dans le buisson, mais nous comprenons que pour les Sadducéens, qui ne croient pas aux anges, c’est Dieu lui-même qui est le feu dans le buisson, et non la représentation de l’un de ses messagers.

Or, le texte nous dit deux fois que « le buisson ne se consumait pas », alors qu’il s’agit d’une « flamme de feu ». Notez bien la précision du texte : comme souvent dans les écrits hébraïques, les termes sont doublés (ici flamme + feu) pour ne laisser aucune ambiguité. Donc c’est bien d’un vrai feu de bois dont il s’agit et pas d’un effet de lumière qui aurait l’apparence de feu.

Et voilà la clé !

Si Dieu est le feu du buisson, et que ce feu ardent ne consume pas un arbuste sec — et rien ne brûle mieux et plus vite qu’un buisson dans le désert —, alors c’est que Dieu préserve la vie : il ne détruit pas la matière ! Il n’est pas le dieu de la corruption, de la dissolution de la matière, de la mort : au contraire, il est le Dieu de la vie.

Cet argument est absolument extraordinaire. On dirait une démonstration mathématique. Dans un contexte où chacun a des doctrines différentes, des référentiels différents et même une interprétation différente de l’Écriture, il était impossible de s’entendre. Or Jésus propose une passerelle logique, qui permet à tout esprit censé de le rejoindre et de partager son raisonnement. Pour le contredire, les Sadducéens auraient pu répliquer que le feu n’était pas réellement Dieu, mais plutôt une représentation de Lui, mais comme ils ne croient pas aux anges, ils ne pouvaient pas oser avancer cet argument ; ils cesseraient d’être Sadducéens !

Bien chers prêtres qui cherchez des idées pour préparer l’homélie du 32e dimanche du temps ordinaire année C, si vous lisez ces lignes, n’hésitez pas à vous en inspirer ! Notre monde est au moins aussi matérialiste que la vision qu’en avaient les sadducéens, et l’argumentation de Notre-Seigneur Jésus-Christ est plus que jamais pertinente aujourd’hui…

I am Mother debunké

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Analyse critique du film I am Mother, distribué par Netflix

Les séries et long métrages produits ou distribués par Netflix sont connus pour véhiculer bien souvent une idéologie contraire aux valeurs catholiques. Des dizaines d’articles ont déjà été écrits à ce sujet.
Nous allons ici faire un débunkage (mot contemporain pour démystification) du film de science-fiction australien « I am mother » de Grant Sputore, avec Clara Rugaard et Hilary Swank, sorti en juin 2019. Cette production est très qualitative sur le plan technique. L’actrice principale, Clara Rugaard y est aussi convaincante dans son jeu d’acteur qu’une Natalie Portman au même âge, et on peut lui prédire une belle carrière d’actrice. Le scénario post-apocalyptique est quant à lui digne des grands noms de la science-fiction. Enfin, tous les effets spéciaux sont convaincants. Cette belle production sert pourtant le nouveau paradigme de promotion du nouvel ordre post-chrétien propagé par la plateforme Netflix.

 « I am mother », dont le titre peut oralement sonner comme « I am other », signifie « je suis mère », et peut aussi vouloir dire en anglais « je suis autre ». Et effectivement, c’est l’histoire de la genèse d’une autre sorte de mère. De ce huis-clos post-apocalyptique à trois personnages, deux humains et un robot doté d’intelligence artificielle, réunis dans un bunker hi-tech va sortir une nouvelle forme de mère : bien humaine mais totalement déhumanisée.

L’histoire débute avec la mise en incubation automatique d’un embryon humain dans une couveuse. Un robot humanoïde conduit tout seul les opérations. Une succession de scènes montre ensuite le même robot élever l’enfant comme le ferait une vraie mère : donner le biberon, chanter des berceuses, jouer, apprendre à marcher, faire l’école, etc. Des tableaux parfois émouvants de cette surprenante famille monoparentale se succèdent, montrant l’enfant nourrisson, petite fille, puis adolescente.
Le contexte nous est expliqué vers la 7ème minute du film : le bunker est une ferme d’élevage d’humains, et le stock d’embryons humains congelés et l’intelligence artificielle qui supervise le fonctionnement ont été construits en prévision d’une apocalypse. L’histoire démarre après cette apocalypse : automatiquement, le robot a mis en route le protocole de repeuplement. Mais au lieu de démarrer l’incubation de tout le stock d’embryons, l’intelligence artificielle a commencé par un seul enfant car, dit-elle « il faut du temps pour apprendre a être mère ». De l’aveu du robot, cet enfant est donc un test pour la machine, puisqu’il est destiné à parfaire l’expérience de l’intelligence artificielle.

Le robot-maman présente l’aspect froid et impersonnel d’un engin militaire. Sa démarche rappelle celle des bipèdes de Boston Dynamics. Mais sa voix n’a rien d’artificiel : elle est tendre, affectueuse, d’un naturel tout à fait humain. Et les attitudes et postures – mis à part la démarche – sont celles d’une maman toute dévouée à l’éducation de son enfant.
On remarque tout de suite que contrairement à la plupart des I.A., intelligences artificielles, des films de science-fiction, comme HAL dans 2001, l’Odyssée de l’Espace, ou Gerty dans Moon, celle-ci, curieusement, ne porte pas de nom. C’est « Mère », simplement. Quant à l’enfant dont l’embryon portait le matricule APX01, elle sera appelée « Fille » tout au long du film.
Ne pas nommer ces deux personnages revient à en faire des individus universel.
A ce stade, on comprend donc qu’on est bien en présence d’un film à portée allégorique, comme le sont certains films de science-fiction, comme Matrix, Soleil Vert, Blade Runner et tant d’autres, et la suite de notre analyse va le confirmer.

A la dixième minute, lorsque « Fille » est adolescente, un épisode est censé illustrer l’enseignement. Car « fille » va à l’école… dans une classe vide, et où « Mère » est le professeur. Mais la scène de l’école est significative de l’idéologie Netflix, et mérite de s’y arrêter. Le thème en est l’éthique en matière de transplantation.

On présente à « Fille » un cas particulier de besoin de greffe : cinq receveurs ont un besoin vital d’organes. Un donneur potentiel, malade mais guérissable, pourrait sauver les cinq autres malades mais, privé d’organes vitaux, cela impliquerait de le tuer. La jeune fille est donc face à un problème d’éthique : vaut-il mieux guérir le donneur malade, quitte à ce que les cinq autres meurent, ou bien tuer le donneur pour sauver les cinq.
Évidemment, pour une intelligence artificielle sans émotion ni éthique, la question ne se poserait pas : tuer une personne malade mais guérissable pour prolonger la vie de cinq autres est la solution qui s’impose mathématiquement.
Le robot demande alors à « Fille » si, dans le cas où elle serait, ELLE, à la fois le donneur et le médecin, elle accepterait de donner sa vie pour sauver les cinq autres.
C’est censé être un cas de conscience : est-elle prête à se sacrifier pour l’intérêt du groupe ?
« Fille » répond qu’elle aimerait connaître les cinq autre patients pour savoir s’ils sont de bonnes personnes. En d’autres termes, elle revendique le droit de juger si ces personnes méritent de vivre ou non, si son sacrifice sert le bien ou le mal.
Le robot lui rétorque que les humains ont tous un droit égal à la vie, même s’ils sont indignes, fainéants ou même meurtriers, et que son élève doit relire les philosophes. A ceci « Fille » répond que les philosophes se contredisent… ce qui est vrai !

Pourtant tous les deux ont tort : le spectateur doté d’un minimum d’esprit voudrait pouvoir leur répondre que la problématique est insensée ! En effet, si le donneur est lui-même le médecin, alors les six mourraient car le médecin qui sera tué par le prélèvement de ses propres organes ne pourra jamais faire la greffe sur les cinq autres !
Ainsi
dans le monde futur dépeint dans le film, tout comme dans notre avenir proche, l’intelligence et la sagesse n’existent plus : l’homme débordé par ses sentiments est incapable de faire les bons choix sans l’aide de la machine, seule capable de le raisonner.
Certains verront ici une illustration de l’entreprise d’abrutissement par les médias : comme toujours, au lieu de faire appel à la réflexion, on propose au spectateur un choix binaire entre l’émotion et la logique comptable. Il n’y a pas d’Esprit Saint pour insuffler le désir de faire la volonté de Dieu plutôt que la volonté du monde. L’humanité recréée en « Fille » est dépourvue de tout lien spirituel qui, seul, de prendre des décisions qui répondent aux commandements divins plutôt qu’à des désirs individuels ou collectifs, et qui servent à faire le salut de l’âme.

A la dixième minute arrive l’évènement qui déclenche l’émancipation de « Fille » ; et qui va achever son initiation… Alors qu’elle regarde sur sa tablette un épisode enregistré de reality-show des années 80 (… je me demande d’ailleurs bien pourquoi les réalisateurs ont choisi un show aussi débile où le propos est la tenue vestimentaire de Woopy Goldberg ? comme si le bunker destiné à préserver le patrimoine culturel de l’humanité n’avait rien trouvé de mieux, à offrir en divertissement aux survivants d’une apocalypse… ), survient une panne de courant. « Fille » répare et en trouve la cause : une souris qui ronge des câbles (autre parenthèse : si une simple souris peut faire défaillir toute l’installation du bunker, ça en dit long sur la fragilité du système ; mais passons, ce n’est peut-être qu’une faiblesse du scénario).
Aussitôt l’énergie rétablie, « Mère » s’empresse d’incinérer la souris vivante, par crainte de contamination.
« Fille » se demande alors si « Mère » lui dit bien la vérité sur la situation extérieure. Si une souris bien vivante a pu s’introduire dans le bunker, alors il y a peut-être de la vie dehors… et peut-être même des humains. Elle profite alors du sommeil de « Mère » en train de recharger ses batteries pour aller jusqu’au sas. Et là, bien opportunément, elle trouve une survivante, blessée par balle, qui vient toquer à la porte. « Fille » hésite puis fait entrer l’étrangère.

Cette femme, dont l’âge avoisine la quarantaine, pourrait être la mère de « Fille ». Elle lui livre une autre version de la situation du monde que celle que « Mère » a raconté. Selon cette femme, qui ne dit pas son nom — et d’ailleurs personne ne le lui demande, toujours dans un soucis d’universalité probablement — les robots sont les méchants : ce sont eux qui asservissent l’humanité et qui massacrent les hommes libres, façon Terminator.

A ce stade, « Fille » est en quelque sorte face à deux mères qui lui proposent deux visions, deux univers, deux projets :
– Choisir le monde aseptisé du bunker et un projet de repeuplement dirigé par une intelligence artificielle.
– Choisir le monde extérieur, inconnu et mystérieux, où les hommes vivraient libres.

A laquelle de ces deux mères, « Fille » va-t-elle se fier ? Quel projet désire-t-elle vraiment ?
D’autre part, « Fille », tout comme Eve au pied de l’arbre interdit, est prise d’un doute : qui dit la vérité ? Mère ou l’étrangère ? Dieu ou le serpent ?
Le choix est d’autant plus difficile que rien n’est fait pour rendre l’étrangère particulièrement sympathique, ni à « Fille » ni au téléspectateur : avec son look de survivaliste armée, l’étrangère est sale, affamée, méfiante, agressive, préfère les opérations sans anesthésie, et en plus elle est anonyme !

La dimension mystique est mise en évidence une fois de plus. Alors que l’environnement du bunker est totalement athée, l’étrangère, elle, est ostensiblement chrétienne : blessée, elle récite des Ave Maria et elle serre un chapelet dans ses mains, et dans son repère à l’extérieur on découvrira un autel dédié à Marie. Elle possède en outre dans sa besace un livre intitulé « les Dieux de Mars ». C’est un ouvrage d’anticipation des années 20 qui existe réellement. Wikipedia nous apprend que dans cette histoire qui se passe sur la planète Mars, le héro dénonce les fausses religions en usage sur la planète rouge.

Ainsi comme nous l’avons dit, l’étrangère, humaine paraît au spectateur aussi dérangée et archaïque que les humains des réserves sauvages d’Aldous Huxley dans le Meilleur des Mondes. Le robot, malgré son ambiguité, parait finalement plus humain, affable, adulte que cette femme au regard de bête traquée.

Bref, après quelque péripéties et la découverte que « Mère » a élevé d’autres filles avant « Fille » et qu’elle les a vraisemblablement tuées parce qu’elles ne correspondaient pas au projet totalitaire de l’intelligence artificielle, « Fille » finit par prendre « Mère » en haine et s’enfuit à l’extérieur avec l’étrangère.
Elle y découvre que la terre est stérile et que les seules cultures — industrielles — sont contrôlées par des machines associées à l’intelligence artificielle de « Mère » et défendues contre le pillage de survivants humains par une armée de robots tueurs. En gros : le monde réel de Matrix !
Loin de l’introduire dans une communauté de survivants, l’étrangère lui révèle que l’humanité est fourbe et cruelle et lui propose de vivre seule avec elle, cachées, dans un container sur une plage isolée du bout du monde, près des restes d’un porte-container échoué. On y remarque un autel avec des statuettes de la Sainte Vierge, un chapelet, des dessins de Marie.

Visuellement, c’est un naufrage. Ce projet de vivre en survivaliste traquée, qui doit voler du maïs dans les fermes robotisées ou consommer les conserves rouillées que renferment les cales du navire échoué n’enthousiasme guère « Fille ». Et on la comprend ! Elle regrette d’avoir suivi cette femme archaïque, qui aurait pourtant pu finir son éducation de mère selon la chair et lui transmettre d’autres valeurs… S’ensuit une dispute, et « Fille » la gifle avant de retourner chez sa première « Mère » artificielle : celle du bunker !
Elle est reçue par l’armée des robots gardiens de « Mère » qui l’accueille avec bienveillance comme le père du fils prodigue dans les Évangiles accueillait avec amour l’enfant qui lui revient après avoir fait l’expérience du monde. « Mère » lui propose le projet d’élever elle-même le second enfant de l’élevage : un mâle cette fois, de type africain.

Paradoxalement, « Fille » tue le robot « Mère » juste après que cette dernière lui ait expliqué que le robot qui lui sert de corps n’est qu’un véhicule, et que l’intelligence artificielle qui contrôle le bunker contrôle également les robots extérieurs et les machines qui cultivent et produisent la nourriture. Ainsi le meurtre de cette mère virtuelle n’est-il que symbolique : « Fille » achève son initiation en tuant l’enveloppe de celle qui lui a donné la vie et qui l’a élevée, mais paradoxalement elle se place sous sa domination, qui est immortelle, elle.

D’ailleurs, l’intelligence artificielle finit le travail et se débarrasse définitivement de sa concurrente : grâce à un mouchard caché dans le sac de la survivante, elle trouve la cachette où elle vivait paisiblement, y envoie un robot… et la tue (après l’avoir probablement torturée pour lui faire avouer les caches des autres survivants, comme cela est suggéré).

La machine a parfaitement réussi son but : après avoir dévasté la terre et rendu les hommes dépendants de la technologie, elle est parvenue à produire une nouvelle génération métissée (le second enfant élevé est noir), régie par ses loi eugénistes, qui rejette d’instinct ses ancêtres nés naturellement, et qui se prive du coup de toute transmission authentique de foi et de culture. On retrouve là tous les codes du nouvel ordre post-chrétien.

Mais la machine a aussi atteint ses objectifs dans l’esprit du public. En effet, contrairement au film Matrix, où le spectateur pouvait moralement soutenir la résistance à ce projet de dictature numérique en suivant le très charismatique Néo, dans I am Mother au contraire tout est conçu pour prendre le parti de la frêle et courageuse « Fille » qui est pourtant l’esclave consentante et manipulée de l’intelligence artificielle.
Cette inversion des valeurs, devenue presque systématique dans les productions Disney depuis une dizaine d’années et de plus en plus courante dans les séries et long-métrages diffusés actuellement, peut être vue comme une préparation des esprits à l’acceptation d’une religion à l’envers.
Singeant Jean-Baptiste qui a préparé les hommes à la venue du Seigneur, la voix qui court sur les réseaux des nouvelles plate-formes de diffusion numérique annonce inlassablement le règne prophétisé — court mais dévastateur — de l’ennemi de l’humanité.

La culture cinématographique est un bon moyen d’exercer notre intelligence, d’observer et de produire des réflexions. L’apostolat peut s’exercer de multiples façons : parler de cinéma et relever les valeurs antichrétiennes que promeuvent certains films peut être une forme d’apostolat. Sachons donc en profiter avec discernement et transformer ces productions en opportunités d’évangélisation.

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